Jackie

Groenen : "Choisis ton propre chemin"

Vous savez ce qui me surprend le plus ? Quand je vois des enfants avec mon nom sur leurs maillots...

À mes yeux, c’est juste un sentiment incroyable parce que, quand j’étais jeune, je ne pensais même pas une seule seconde à vouloir un maillot de football avec un nom de femme dans le dos. Ça n’existait pas vraiment, d’ailleurs.

Pour moi, ça a toujours été Johan Cruyff ou Wesley Sneijder, les noms que je voulais derrière mon maillot. Quand j’y repense maintenant, en voyant mon nom ou celui de mes coéquipières sur le dos de certains maillots, je réalise qu’il y a des filles qui savent ce qu’elles veulent devenir. Elles veulent jouer au football.

Maintenant, je vois même des garçons avec nos noms sur le dos, et je réalise que le monde a tout de même un peu changé. Et j’en suis heureuse. Je prends du plaisir à participer à cette période dans le football féminin, parce qu’en plus, le jeu s’est vachement amélioré.

Bien sûr, le football féminin en est encore à sa phase de développement, mais quand je vais aux Pays-Bas ou que je rencontre des joueurs de foot masculin, je me rends compte que l’ambiance globale a changé. Maintenant, ils nous prennent au sérieux. Ils nous voient comme des athlètes, ce qui est tout simplement juste parce qu’on fait le même travail, après tout. Il y a cinq ans à peine, ce n’était pas le cas, donc beaucoup de progrès ont été faits.

Aujourd’hui, il y a des mecs comme David Beckham, par exemple, qui considèrent réellement la cause. Il emmène même ses enfants à des matchs de football féminin. Bien évidemment, il faut encore que ça progresse, mais on y arrive petit-à-petit et ça devrait continuer sur ce rythme.

Je fais partie d’une génération de footballeuses qui a vu les deux côtés du football féminin, ce dont je suis fière. Je joue professionnellement pour United et pour les Pays-Bas. J’ai eu la chance de jouer dans des stades massifs remplis d’énormément de fans. Mais, à d’autres moments de ma vie, j’ai joué devant des petites dizaines de personnes à peine, dont la moitié d’entre eux, étaient des membres de ma famille.

Ma famille représente une grande partie des raisons pour lesquelles je suis devenu joueuse professionnelle. J’ai commencé à jouer parce que mon père était joueur de foot, tout comme mon grand-père. Mon père, d’ailleurs, était un peu déçu d’avoir eu deux filles, il voulait des garçons. Mais, au final, c’était quand même attendu qu’on se mette à jouer au football. C’est de famille depuis longtemps. De toute façon, à l’époque, quoique ma soeur se mette à faire, je voulais le faire aussi, donc, quand elle a commencé à jouer au football, j’ai commencé aussi.

À l’époque, c’était pas comme maintenant, il n’y avait pas d’endroit où aller jouer avec ses amies au sein d’équipes composées de filles. On devait jouer avec les garçons. Ce n’était pas vraiment normal, on était les deux seules filles à jouer avec les garçons. Mais, bon, j’étais toujours avec ma soeur, donc ça allait toujours bien. En plus, c’était marrant de voir la réaction de nos adversaires, parce que les garçons avec qui on jouait savaient très bien qu’on pouvait jouer au football, ils s’étaient habitués à force. Mais, à chaque fois qu’on rencontrait une nouvelle équipe, c’était toujours la même rengaine… « Oh ! Regardez, ils ont des filles dans leur équipe. »

J’aimais beaucoup dribbler à l’époque. Donc, si les garçons de l’équipe adverse se mettaient à m’embêter, que ce soit avant ou pendant le match, je me décidais à tous les dribbler et je le faisais, pour leur montrer que je n’étais pas là pour rien. J’allais toujours un peu trop loin, alors les entraîneurs me disaient : « Arrête ça ! Ils vont s’énerver, il est temps de jouer normalement. »

Mais j’adorais les mettre dans l’embarras, s’ils m’embêtaient.

Mon coach, lui, trouvait ça parfaitement normal qu’on soit là, donc il nous a aidé à nous mettre à l’aise. J’ai aussi senti que toute l’équipe me soutenait. S’il y avait des problèmes sur le terrain qui me concernaient, je savais que je pouvais compter sur les gars. Je suppose qu’en y repensant, ce n’était pas vraiment normal qu’on devait se changer dans un coin ou dans le vestiaire de l’arbitre, ils n’arrangeaient jamais rien pour nous. Ça ne me semblait pas bizarre à l’époque mais ça devait être bizarre pour plein de gens.

Les différences étaient tout de même visibles et continuent encore aujourd’hui à l’être. Je pense qu’au fond, j’étais jalouse des garçons, je leur disais : « Vous, vous allez jouer dans des stades énormes… »

Le football, pour moi, c’était la chose que j’aimais le plus faire à l’époque. Mais, à aucun moment, je ne me suis dit que j’allais en faire une carrière. C’est petit à petit que c’est arrivé. Je ne me suis jamais vraiment posée pour y penser, je jouais juste au foot parce que c’était quelque chose que je voulais faire.

J’avais d’autres options. J’ai toujours aimé étudier et apprendre de nouvelles capacités. J’ai commencé à faire du judo, parce que ma soeur en faisait. Et, même si ce n’était qu’un hobby au début, je me débrouillais plutôt pas mal, au final. J’ai commencé à m’y mettre très sérieusement, à me déplacer autour du globe pour faire des tournois. Mais, à 16 ans, j’ai arrêté pour me concentrer sur le football. Et c’était bien pus dur que ce à quoi je m’attendais.

J’ai également fait des études en droit et j’ai appris à jouer de la guitare, je jouais même parfois dans un groupe à l’époque. Il fallait que je me trouve des trucs à faire, pour m’occuper l’esprit, parce que devenir une athlète professionnelle, c’est aussi le risque de se renfermer sur soi-même. Je me suis rendue compte que, si je ne faisais pas attention, je pouvais vite fait me retrouver aspirée dans cette bulle.

Même si j’ai fait plein de trucs, mon premier amour a toujours été le football. Et j’ai eu besoin d’un paquet de motivation pour en arriver là où j’en suis. Quand je veux vraiment quelque chose, je me donne à fond pour l’avoir. J’aime travailler dur, j’adore ça. Et si, un jour, je sens que j’ai pas assez travaillé tel ou tel jour, j’irais me coucher crispée. Donc je repousse toujours les limites. Pour moi, la chose la plus importante, c’est juste de faire ce que j’aime faire. Je sais que c’est cliché de dire ça mais ça rend vraiment les choses plus faciles. Je fais juste ce que je veux faire.

Si je devais donner un conseil à qui que ce soit qui veuille intégrer le monde du football… D’ailleurs, c’est un conseil qui peut s’appliquer quel que soit le corps de métier… Juste, réfléchissez à ce que vous voulez faire, et faites-le ! Parfois, les gens veulent vous faire prendre telle ou telle direction, mais il y a des fois où il faut juste prendre la décision qui nous paraît la mieux individuellement, même si ça sonne stupide. Je n’ai pas toujours emprunté le chemin le plus sensé mais ça m’a mené où je suis aujourd’hui. Les gens disaient à l’époque que ma famille était folle : à 15 ans, j’ai eu l’opportunité d’aller jouer en Allemagne, et ça ne dérangeait pas mes parents de prendre trois heures le matin à m’y conduire en voiture, avant de prendre à nouveau trois heures le soir pour me ramener à la maison ! Les gens ne pouvaient pas y croire, mais ça m’a mené où je suis aujourd’hui.

Je pense que c’est très important de ne pas toujours écouter les autres.

Écoutez-vous vous-même, décidez par vous-même ce que vous voulez faire de votre vie et conduisez-la à ce but. Si vous faites cela, vous pouvez tout faire. Je me rappelle souvent de ça, quand je vois un enfant porter un maillot avec mon dos sur le dos.