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Quand Tony Whelan raconte Marcus Rashford

Quand je jouais aux États-Unis, entre la fin des années 1970 et le début des années 1980, j'avais pour habitude de voyager tout autour du pays avec mon équipe.

On prenait souvent l'avion et à l'aéroport, on lisait souvent deux magazines en particulier, l'US News & World Report et le Time. Il y avait toujours quelqu'un d'intéressant en une du Time. Quelqu'un d'incroyablement connu, ou occasionnellement connu, qui avait fait quelque chose de notable. JFK, Ali, Martin Luther King, les Beatles, Nelson Mandela... Que des gens incroyables qui ont eu un impact considérable sur le monde. J'adorais lire les histoires sur eux.

Donc, ça a été quelque peu surprenant pour moi, récemment, de me retrouver à faire le tour des boutiques à Manchester pour me procurer l'édition du Time avec, en une, un jeune homme qu'il se trouve que je connais bien. Un jeune homme qui a grandi dans la même partie de Manchester que moi. Un jeune homme que je venais chercher et que je ramenais à la maison après l'entraînement, il y a de cela 6 ans à peine.

Mais l'histoire que je vais vous raconter, c'était bien avant qu'il ne devienne Dr Marcus Rashford, MBE, bien évidemment...

J'ai entendu parler de Marcus bien avant que je ne le voie jouer. L'un de mes amis coachs, Eamon Mulvey, étailt le coach principal de sa classe d'âge et il se vantait de Marcus tout le temps. Il me disait : “Ce gamin... Marcus !”

C'était constant. Et, comme j'ai toujours fait confiance à l'instinct d'Eamon, je me suis dit que le gamin devait vraiment avoir du talent.

Puis, je l'ai vu jouer. Il ne devait avoir que 8 ou 9 ans à l'époque. Mais j'ai tout de suite pour compris pourquoi Eamon me cassait les oreilles à son propos. Et, rien qu'à cet âge, on pouvait voir qu'il avait ce facteur X.

Son aisance technique était le plus impressionnant. Ses capacités à contrôler le ballon, à le recevoir, à le passer, à le tirer... Ses capacités à mettre des têtes, à comprendre le jeu... Il savait exactement où se placer. À cet âge, il ne faut pas trop se projeter mais on savait que ça allait être un vrai challenge de le soutenir et de le former de la meilleure des manières. Si ce gamin ne venait pas à devenir ce qu'il voulait être, alors ça aurait été parce qu'on aurait manqué quelque chose. On savait la responsabilité. C'était vous dire à quel point il était bon. On n'avait pas le droit à l'erreur.

Je n'ai pas de vision bionique ou quoi, au passage. Si vous demandez aux gens qui ont vu jouer Marcus à l'époque, ils vous diront probablement la même chose que je vous raconte actuellement. Un enfant comme ça, il n'y en a pas des masses. Je les appelle les diamants. Ces diamants viennent de nulle part. Mais, quand tu regardes l'histoire de notre académie, on a eu beaucoup de chance d'avoir formé des joueurs comme Duncan Edwards, Sir Bobby Charlton, George Best, Paul Scholes, Ryan Giggs et bien d'autres encore... Et Marcus suit la trace de ces légendes locales.

Eamon, Colin Little, d'autres coachs et moi-même, on avait pour habitude d'aller le chercher et de le ramener chez lui. Bien sûr, on a rencontré sa mère Melanie, qui est juste merveilleuse. Elle a toujours voulu le meilleur pour son fils. C'est une personne à qui on ne peut juste pas dire non.

Elle a fait un travail magistral avec Marcus, c'est vraiment un garçon incroyable, toujours respectueux, qui travaille dur et qui veut apprendre. Il posait toujours des questions. Il voulait toujours mieux faire. Pas seulement techniquement, mais tactiquement également. À ce jeune âge, il est difficile de digérer tout ce qu'il faut apprendre, mais il a su être patient, résilient et il a pris sa chance.

Eamon me disait, alors que Marcus était vraiment jeune : “Tony, ce gamin, il est prêt.”

On a essayé de ralentir les choses pour lui parce qu'à cet âge, c'est difficile mais il a fini par me convaincre.

Au final, c'était plutôt facile. Avec Marcus, c'est facile parce qu'il s'adapte vite. Que ce soit à l'école ou avec le club, ça ne l'affectait pas. Il est juste venu, il s'est accommodé et acquis petit à petit une vraie confiance en lui qu'on savait tous qu'il possédait déjà. On savait tous qu'il allait être un footballeur de haut niveau. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'on savait qu'il allait accomplir ce qu'il a accompli mais on sentait que quelque chose de grand allait arriver.

Pour n'importe quel joueur qui essaie d'entrer dans le monde professionnel du football, il faut prendre pleinement sa chance quand elle se présente. Et Marcus a su le faire. J'étais au match contre Midtjylland, quand il a fait ses débuts. Ce jour-là, on avait une réunion à Old Trafford avant le coup d'envoi. Et on a appris qu'Anthony s'était blessé à l'échauffement. C'était le moment de Marcus. Et la manière dont il a saisi sa chance témoigne clairement de la personnalité de Marcus. Après deux buts et une performance incroyable, il était le devenu le héros du soir.

Il nous a apporté énormément de bons souvenirs. On lui doit beaucoup et il continue de se donner à fond sur le terrain. Il est extraordinaire. Je me rappelle du match contre le PSG, il y a quelques années. À ce moment, je pensais juste à son penalty qu'il avait inscrit auparavant, contre la Colombie, en Coupe du Monde. Il avait été si calme et si concentré avec l'Angleterre que je le sentais bien sur le moment. D'ailleurs, il n'y a pas eu un seul moment de ce match où j'ai pensé qu'il ne marquerait pas ce but décisif.

Et il va juste continuer à faire ce genre de choses, encore et encore. Il est comme ça, Marcus.

Dans notre académie, Marcus est un exemple. Ce qu'il produit sur le terrain depuis quelques années... Il a un don qui va même au-delà du sportif.

C'est un humaniste. L'humaniste par excellence. Il a quelque chose en lui. C'est gens humanitaires sont vraiment des personnes spéciales qui n'apparaissent pas souvent au cours d'une vie. En plus, il se trouve qu'il est un joueur exceptionnel de notre club de football. Ce sont des choses qu'il faut raconter à nos petits-enfants. Ce n'est pas qu'une histoire de foot, c'est une histoire d'humanité. Et il a un sens profond de l'humanité. C'en est presque spirituel, si j'ose dire. C'est un privilège que de faire partie de son chemin. J'ai le plus profond des respects pour lui, et en tant que joueur, et en tant que personne.

C'est vraiment l'un de mes héros maintenant. Je n'aurais jamais pensé d'ailleurs, il y a 40 ans, que quelqu'un que je connaissais ou avec qui je travaillais finirait en une du Time. Qui plus est, un jeune homme de Wythenshawe, où j'ai également grandi.

C'est qui il est maintenant. Il n'inspire pas que les enfants qui aiment le football, il inspire des générations entières de personnes tout autour du monde pour ce qu'il a fait et qu'il continue de faire pour les familles les plus défavorisées.

Quel modèle pour les joueurs de ce club de football. On parle d'un gamin qui a toujours encaissé les critiques comme personne, qui s'est adressé au gouvernement avec succès pour le bien de sa cause et qui a changé positivement la vie de millions de personnes. Voilà mon histoire sur Dr Marcus Rashford, MBE. C'est une légende et nous lui sommes tous redevables.