Prunier

French Connection, épisode 2 : Le bouc émissaire du Nouvel An 1996

mardi 19 juillet 2022 04:27

Pour ce deuxième épisode de French Connection, retour sur un Frenchie dont on oublie trop souvent le passage à Manchester United : William Prunier.

27 décembre 1995. Old Trafford, Manchester.

Ce jour-là, Manchester United accueille Newcastle United, alors en première position du classement de la Premier League. Une victoire est donc nécessaire aux hommes d’Alex Ferguson pour retrouver le sommet du championnat. Grâce à des buts signés Andy Cole et Roy Keane, les Red Devils finissent par s’imposer tranquillement 2 à 0 face aux Magpies mais subissent un vrai coup dur, puisque David May est déclaré blessé après la rencontre.

Il faut dire que May représentait à l’époque le dernier défenseur central disponible dans l’effectif de Ferguson, qui avait déjà dû trouver à plusieurs reprises comment composer en défense sans les apports des expérimentés Gary Pallister et Steve Bruce.

Le manager écossais, qui cherchait déjà depuis longtemps un défenseur central étranger habile à la passe, décide donc de concrétiser le recrutement de William Prunier, ex-défenseur légendaire de l’AJ Auxerre, qui venait tout juste de rompre son contrat avec les Girondins de Bordeaux pour cause de manque de temps de jeu.

« C’est lui, le pote de Cantona ? »

La légende veut que ce soit Éric Cantona, qui avait évolué avec lui sous les couleurs auxerroises, qui ait eu l’idée de ramener Prunier. En réalité, cela faisait longtemps que Ferguson suivait le défenseur central français et entretenait des contacts avec son agent.

Quoi qu’il en soit, lorsque Prunier arrive à United, Fergie a besoin de lui directement et le met titulaire dès le match suivant, alors qu’à la base il comptait d’abord l’essayer pendant deux mois avec la réserve, comme le stipulait son contrat.

French Connection, épisode 1 : le roi Cantona

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Le 30 décembre 1995, il fait donc ses débuts pour le club, associé à Gary Neville en défense centrale, lors de la réception des Queens Park Rangers à Old Trafford. D’ailleurs, le Forum des Fans de Manchester United se rappelle encore aujourd’hui des murmures des supporters entendus dans le stade, qui se demandaient : « C’est lui, le pote de Cantona ? »

De héros instantané…

À l’entrée des joueurs sur la pelouse, Jon Champion, aux commentaires de ce match, résume rapidement les pensées des férus de football anglais : « Il y a quelques jours, le nom William Prunier ne signifiait rien aux personnes aujourd’hui présentes mais ils ne devraient pourtant pas tarder à se ruer sur le maillot numéro 31 à la boutique du club ».

Mais, même si cette prophétie ne s’est jamais vraiment réalisée, il faut tout de même avouer que l’international français a rendu une belle copie pour sa première avec United, malgré quelques évidentes incompréhensions défensives en début de match dont QPR n’a pas réussi à profiter.

En effet, en première mi-temps, Prunier va même jusqu’à dévoiler ses capacités offensives en face de la Stretford End, notamment en pulvérisant un missile sur la barre de Jurgen Sommer. Puis, sur un joli corner tiré par Ryan Giggs en fin de période, il aurait même pu inscrire son tout premier but en tant que Red Devil mais c’était sans compter sur la belle détente du gardien américain de Newcastle, qui repousse le ballon dans les pieds d’Andy Cole. L'attaquant international anglais ne se fait alors pas prier pour trouver le fond des filets et ouvre ainsi le score en faveur de Manchester United.

Au retour des vestiaires, Ryan Giggs fait rapidement le break et porte le score à 2-0. Le but inscrit par le Novocastrien Danny Dichio en fin de match ne changera rien à la solide victoire mancunienne et à la belle performance de William Prunier.

Après la rencontre, Prunier est adulé tant par les fans que les commentateurs, qui ont aperçu en un match ce petit plus que Ferguson recherchait depuis tout ce temps chez un défenseur central : l’aspect offensif.

Mais "le Guy Roux écossais" — c’est ainsi que Prunier surnommait Alex Ferguson — a quand même préféré rester prudent après la confrontation, allant même jusqu’à la prédilection : « On va voir comment il défend à l’extérieur, maintenant. Il y a toujours ce truc chez les défenseurs européens quand ils arrivent ici, il faudra voir s’il peut vraiment rentrer dans le tempo… »

« J’ai trouvé que William est monté en puissance au fur et à mesure du match. Il a montré de la variété dans son style en défendant face à Bradley Allen et Daniele Dichio, qui sont tous les deux jeunes. Teddy Sheringham, lui, est plus expérimenté donc on aura une meilleure idée de son adaptation après ce duel. »

La seule sélection de William Prunier en équipe de France est survenue en 1992, alors qu'il jouait à Auxerre.

… À départ anticipé

Deux jours plus tard, le 1er janvier 1996, United se déplace donc à Londres pour affronter les Spurs de Tottenham portés par le prolifique Teddy Sheringham. Et, malheureusement, Sir Alex Ferguson avait bien raison de rester prudent, puisque, d’entrée de match, Sheringham semble battre Prunier à chaque duel dans la surface mancunienne, sans pour autant trouver le fond des filets immédiatement. Mais, à la 35e minute de jeu, à force d’errances défensives et de mauvaises relances de Schmeichel, Sheringham finit par ouvrir le score. Une minute plus tard, Andy Cole (encore lui) égalise pour United, avant que les Red Devils ne prennent petit à petit l’eau. Juste avant la pause, Sheringham se joue à nouveau de Paul Parker (titularisé exceptionnellement sur le côté droit de la défense en raison de l’absence de Denis Irwin et du replacement des frères Neville) et sert tranquillement Sol Campbell, qui inscrit le deuxième but des Londoniens d’une frappe claire.

Pour la seconde période, Peter Schmeichel, visiblement touché depuis quelques matchs, cède sa place à Kevin Pilkington, tout aussi hasardeux dans la relance et dans la communication avec sa défense. Et, en à peine trois minutes de jeu, Chris Armstrong trouve alors la faille de la tête en sautant vaillamment entre Neville et Prunier pour porter le score à 3-1 en faveur des Spurs. Puis, à la 66e minute, Armstrong remet ça, cette fois entre les deux frères Neville... La fin du match reste anecdotique et Tottenham s’impose sans contest 4 à 1 face au leader de la Premier League.

Cette déroute fut évidemment collective mais c’est bel et bien William Prunier qui en a subi les conséquences, puisqu’il ne rejouera ensuite plus jamais pour l’équipe première.

Pour info, Sir Alex Ferguson n’a jamais accablé le joueur et a tenu à le dédouaner de toute responsabilité, allant même jusqu’à lui proposer de prolonger sa période d’essai jusqu’à la fin de la saison, étant donné de l’hécatombe d’indisponibilités en défense. D’autant plus que Prunier n’a jamais vraiment été mauvais lors de cette rencontre à White Hart Lane, comme beaucoup aujourd’hui continuent de l’affirmer, il a simplement témoigné du même niveau que le reste de l’équipe, à savoir un niveau au-dessous des standards de Manchester United.

Il aurait même pu être excusé d’une telle prestation en raison de son faible temps d’adaptation et de ses difficultés en anglais. Mais il a été le bouc émissaire du Nouvel An 1996. Il en fallait un, ça a été lui. Et, quelques mois plus tard, United soulevait à nouveau le trophée de la Premier League, un trophée auquel il aura également contribué, l’histoire de deux matchs. Il ne faut pas l’oublier.