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Alex Stepney en finale

Stepney parle de 1968

50 ans après le succès en finale de Coupe d'Europe, Alex Stepney raconte ce match. Il explique pourquoi ils devaient gagner pour Sir Matt Busby.

Encore aujourd'hui, je pense que nous ne réaliserons jamais l’ampleur de ce que nous avons accompli lorsque nous avons gagné la Coupe d’Europe avec Manchester United, en 1968. Nous étions une équipe, mais le boss, Matt Busby, a fait de nous une famille.  Pour nous, le fait d’accomplir ça pour lui et pour tous ceux qui sont morts lors du drame de Munich, c'était très important.

"Nous avons commencé l’aventure à l’automne 1967, et nous ne nous étions pas dit qu'il fallait le faire pour ceux qui avaient disparu. Mais nous le savions tous, sans le dire, qu’il y aurait une dimension toute autre, car le manager et deux de ses joueurs les plus fidèles, Bobby Charlton et Bill Foulkes, avaient survécu à cet accident. On savait aussi qu’au vu de l’âge de Matt et de tout ce qu’il avait traversé, ce serait certainement sa dernière chance de la gagner.
Sir Matt Busby donne ses consignes
“Il faut se souvenir qu’à l'époque, il fallait être champion de son pays pour jouer la Coupe d’Europe. On ne se qualifiait pas en finissant quatrième ! Et même si Bobby et Bill étaient toujours forts, on pensait à la santé de Matt. Dès qu’il le pouvait, il essayait de s’entraîner avec nous. Il participait souvent aux petites oppositions à cinq contre cinq, mais quand on voyait les cicatrices sur sa poitrine, ça nous rappelait le traumatisme émotionnel qu’il avait enduré à Munich.

"On a commencé la campagne en battant facilement les Maltais d’Hibernians, puis nous avons passés deux tests très rudes contre les Yougoslaves de Sarajevo puis les Polonais du Gornik Zabrze, avant de battre Madrid 4-3 au terme d’une double confrontation légendaire. On est passé au bord du précipice en perdant au Bernabeu.
Puis vint la finale, pleine d’émotions, contre Benfica, à Wembley, dans une atmosphère très humide. Après une première période hachée, Bobby a ouvert la marque de la tête avant que Jaime Graca n'égalise, 1-1.

“On a frôlé le pire quand Eusebio s’est défait du marquage de Nobby Stiles pour la première fois du match à quatre minutes de la fin avant de foncer sur moi. Au début, je pensais pouvoir aller chercher le ballon, je me suis donc avancé. Mais il fut retenu par la pelouse très humide de Wembley et le légendaire attaquant portugais fila. Je ne pus que revenir sur mes pas pour qu’il ait moins de place pour un lob. Je suis resté droit. Plutôt que de piquer le ballon, il a tenté de tirer fort, comme il aimait faire. Son tir puissant est venu s'éclater sur ma poitrine. Je dis toujours que j’ai encore la marque du logo Mitre sur le torse ! Et j’ai réussi à me saisir de la balle.

”Avec le recul, je suppose que ce fut un tournant du match. Je pense qu’on n’aurait pas pu revenir à 2-2, aussi tard dans le match. En prolongation, j’ai dégagé loin, Brian Kidd a récupéré et George Best, avec la classe qui le caractérisait, nous a permis de prendre les devants. Après ce but, Benfica a coulé. Kiddo et Bobby ont aussi marqué, et cela a fait 4-1.

“Après le coup de sifflet final, on a tous couru vers Matt, Bobby et Bill. Nous avions tous tiré dans le même sens, mais, au fond, on savait que cette victoire, c'était avant tout la leur.”